QUELQUES PERSONNALITÉS FORMÉES À VAUCANSON

En feuilletant diverses archives, nous avons relevé quelques noms d'anciens élèves qui ont laissé une trace dans l'histoire de GRENOBLE, du DAUPHINE et même de la FRANCE.
D'autres "anciens" mériteraient sûrement de figurer dans cette liste.
Nous leur demandons à eux ou à leur famille de bien vouloir nous excuser de l'omission de leurs noms, celle-ci étant le résultat de notre manque d'information en la matière.

Casimir BRENIER
à GRENOBLE en 1833, sorti de l'école en 1849. Constructeur mécanicien qui fut Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de GRENOBLE et Président du Comité départemental de l'Exposition Universelle de 1900. Chevalier de la Légion d'Honneur. A sa mort, fit un legs très important à l'Association des anciens élèves de l'école.

Albert-Pierre RAYMOND
Né à LA BUISSIERE en 1840. Fonda en 1865 un atelier de fabrication de boutons et d'agrafes pour la ganterie, atelier qui est devenu l'actuel établissement RAYMOND, bien connu sur le cours Berriat à GRENOBLE. Inventeur du bouton pression en 1886. Fut décoré de la Légion d'Honneur lors de l'exposition de CHICAGO en 1894 où il exposa avec les gantiers grenoblois. Son entreprise reçut en 1900 le grand prix de l'Exposition Universelle de PARIS. Aujourd'hui l'entreprise emploie 1200 personnes dans 4 pays d'Europe et fêtera cette année le 100ème anniversaire du bouton-pression.

Louis SAPPEY :
Né à GRENOBLE en 1847, sorti de l'école en 1863. Propriétaire et directeur d'une fabrique de boutons, il fut juge au Tribunal de Commerce. Vice-président fondateur de la société de patronage des jeunes isérois à l'étranger dont le but était de favoriser l'étude des langues étrangères par des jeunes gens sortis avec le diplôme de fin d'études de certains établissements publics de l'Isère, dont l'École VAUCANSON. Vice-président du Conseil de perfectionnement de l'École. Président de l'Association des Anciens Élèves (2 fois). Conseiller Municipal de GRENOBLE. Chevalier de la Légion d'Honneur.

Alphonse TERRAY :
Né à GRENOBLE en 1847. Conseiller Municipal de GRENOBLE de 1892 à 1896. Président particulièrement actif de la Chambre Syndicale des Mégissiers. Prit en main en 1891 la défense des intérêts français de la tannerie en s'opposant à l'impôt proposé sur l'entrée en France des peaux brutes venant de l'étranger.

Eugène BOUCHAYER :

Né à LA MOTTE D'AVEILLANS en1850, sorti de l'école en 1866. D'une vieille famille dauphinoise, collabora avec son frère Joseph et l'ingénieur Félix VIALLET pour fonder et développer les célèbres établissements de constructions mécaniques BOUCHAYER et VIALLET bien connus des anciens grenoblois. Membre de la Chambre de Commerce et d'Industrie de GRENOBLE. Conseiller Municipal de GRENOBLE (1900-1904). Membre du jury de l'exposition Internationale de Saint-Étienne en 1895. Présida un grand nombre de groupements industriels et sociétés dont l'Association des Anciens Élèves de l'École.

Marius GONTARD :
né à LA CLUZE ET PAQUIER en 1856, sorti de l'École en 1874. Entra en 1874 dans la maison LEBORGNE ET SIMON, fabrique de chapeaux de paille dont il devint associé en 1886. En 1896, la-raison sociale de l’entreprise devint SIMON ET GONTARD. Promu officier d'Académie en 1897, lors de la visite à GRENOBLE du Président Félix FAURE, puis officier de l'Instruction Publique en 1900. Adjoint au Maire de GRENOBLE. Conseiller Général. Secrétaire du Conseil Général. Vice-président de la commission sanitaire de GRENOBLE. Membre du Conseil d'Administration de l'École Normale d'Institutrices et du Conseil de Famille des Enfants Assistés.

Auguste DAVIN :
 Né à SAINT-MICHEL en BEAUMONT en 1866. Sorti de l'École en 1885. Ses aptitudes en dessin furent rapidement notées par ses professeurs et les cours de modelage vont décider de sa carrière. Dès sa sortie de l'École, suivit les cours des ateliers Eustache BERNARD, sculpteur de grande renommée puis, en 1887, il entra à l'École Nationale des Arts décoratifs de PARIS et se vit attribuer en 1891 le premier grand prix de sculpture en loge, la plus haute récompense de l’École. En 1896, concourut pour le grand prix de ROME, section gravure sur médaille. Réalisateur de très nombreux monuments et décorations architecturales (monuments aux morts de Villard-de-Lans, REVEL, ALLEVARD, FONTAINE, VIZILLE, plaques au personnel enseignant et anciens élèves de l'École VAUCANSON morts pour la FRANCE, etc.) Décédé en 1937.

Joseph Robert RIBOUD
Né à DOMENE en 1870, sorti de l'École en 1886. Après avoir été diplômé de l'École d'Ingénieurs des Arts et Métiers d'AIX-EN-PROVENCE, tint plusieurs postes de responsabilité dans diverses entreprises à CHALONS-SUR-SAONE, PARIS et LYON. En 1913, fonda à GRENOBLE un important commerce de quincaillerie en gros auquel il adjoignit plus tard une quincaillerie de détail. Administrateur de l'Office H.L.M. en 1921, puis secrétaire général en 1935 et enfin, Vice-président, puis Président de l'Association des Anciens Élèves de l'École. Membre de la Commission d'Examen des demandes de bourses de l'Académie de GRENOBLE. Chevalier de la Légion d'Honneur et Officier des Palmes Académiques. Décédé en 1945.

Pétrus GOUM:
Né en 1879 à SAINT-ISMIER. Sorti de l’École en 1895. Expert agricole, viticulteur, s'efforça de développer l'activité agricole de sa région en tant que trésorier de la Fédération des services agricoles de l'Isère et membre du Comité d'Organisation du Conseil Départemental de l'Agriculture. Conseiller municipal de SAINT-ISMIER en 1914, pendant 30 ans. Député de l'Isère de 1919 à 1924 sur la liste d'Union Dauphinoise Républicaine, d'obédience socialiste. A la Chambre, s'intéressa surtout au problème de l'énergie car il appartenait à la Commission des Mines et des Forces motrices, et fut nommé en 1920, membre du Comité Consultatif des Forces Hydrauliques. Fut l'auteur d'une proposition de résolution tendant à l'encouragement des familles nombreuses et d'une proposition de loi relative à la protection de la femme allaitant son enfant. Lors de la première guerre mondiale, obtint la Croix de Guerre et la Légion d'Honneur.

Joseph PAGANON
Né en 1880 à VOUREY. Sorti de l'Ecole en 1894. A sa sortie de l'Ecole fut boursier au Lycée de GRENOBLE puis à la Faculté des Sciences de LYON. Acheva à PARIS des études de chimie, consacrées par une thèse sur la soie artificielle. Ayant obtenu une bourse et effectué des voyages d'études en ALLEMAGNE, trouva un emploi dan, la presse technique puis devint chef du Cabinet du Ministre de l'Agriculture Jules PAPIS. Corme chef de Cabinet du Ministre de l'Intérieur, il fut vite considéré comme un expert dans les conférences de GENEVE et de LAUSAI1NE. En 1919, fut élu Maire de LAVAL (Vallée du Grésivaudan) , mais fut battu aux législatives ne devenant député de l'Isère qu'en 1924. 7-tait alors inscrit au groupe radical et radical socialiste. En 1925, devint Conseiller Général et Directeur de la "Dépêche Dauphinoise". Fut réélu député en. 1928 dans la première circonscription de GRENOBLE. Le 3 Juin 1932, entra comme sous-secrétaire d'État aux Affaires Étrangères dans le 3ème Cabinet HERRIOT, jusqu'au 14 décembre. Ministre des Travaux Publics dans le premier Cabinet DALADIER (du 31 Janvier au 24 Octobre 1933), puis dans le premier Cabinet SARRAUT (du 26 Octobre au 23 Novembre), dans le 2ème Cabinet. CHAUTEMPS, dans le 2ème Cabinet DALADIER (en 1934) enfin dans le Cabinet BUISSON (en 1935) puis Ministre de l'Intérieur dans le 4ème Cabinet LAVAL (du 7 Janvier 1935 au 22 Janvier 1936). Le 17 Novembre 1935, change d'Assemblée en devenant Sénateur de l'Isère. Mourut à PARIS en 1937.

Georges FERRAND :
Né à GRENOBLE en 1886, sorti de l'Ecole en 1902. Après avoir obtenu le diplôme de l'Ecole d'Ingénieurs des Arts et Métiers de CLUNY, entre aux établissements BOUCHAYET ET VIALLET en 1906. Remarqué par Aimé BOUCHAYER en 1907, qui lui demande de monter à SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, une conduite forcée de 3,3 mètres de diamètre devant franchir l'Arc sur 90 mètres sans portée intermédiaire. Mobilisé en 1914, fut bientôt affecté à GRENOBLE pour diriger un important atelier de bombes d'avions. Le plus beau fleuron de sa carrière fut le procédé qu'il mit au point pour la fabrication de tuyaux auto-frettés, utilisés pour les installations de conduites forcées de haute chute et forte puissance. En FRANCE comme à l'étranger, l'écrasante supériorité du "procédé Georges FERRAND" fut remarquée et l'on fit appel à son concours pour l'équipement de chutes au PORTUGAL, au JAPON, en ESPAGNE, en Italie et dans de nombreux territoires d'outremer. Avait été baptisé par ses pairs "le Seigneur de la Houille Blanche". Avec la conduite forcée de la Centrale de ROSELAND, ce grand ingénieur avait atteint le sommet de sa carrière en réalisant une œuvre longtemps considérée comme un record du monde. Médaille d'Honneur du Travail. Chevalier de la Légion d'Honneur. Se tua avec son épouse dans un accident de la route en 1960.

Chanoine Paul CAYERE
Né à GRENOBLE EN 1892, sorti de l'Ecole en 1907. A sa sortie de l'Ecole, fut admis à l'Ecole d'Ingénieurs des Arts et Métiers d'AIX-EN-PROVENCE dont il fut diplômé, trois ans plus tard, à 18 ans. Dans la foulée, il obtint le diplôme de l'Institut Electrotechnique de GRENOBLE. Après son service militaire dans l'Aéronavale où il mit au point un appareil de visée sur les hydravions chasseurs de sous-marins et une brillante conduite pendant la guerre, il revint à la vie civile pour travailler dans les établissements PICARD-PICTET. A 38 ans il entra dans les ordres et après avoir été ordonné prêtre, fut nommé inspecteur diocésain des écoles libres. En 1935, il fonda l'Ecole Libre d'Apprentissage de GRENOBLE (ELAG) et ses recherches poussées en métrologie lui permirent de mettre au point des appareils de mesure très précis construits et utilisés par ses élèves. Médaille Militaire et Croix de Guerre. Prix de la Fondation POIRSON en 1960. Décédé à GRENOBLE en 1966.

Jean POMAGALSKI
Né à CRACOVIE en 1905. Sportif accompli, participa aux championnats de France d'aviron en 1927 et 1928 sous les couleurs de l'aviron grenoblois. Après l'installation pendant l'hiver 1935-1936 de son premier téléski à l'ALPE d'HUEZ, fonda en 1937 la société de remontées mécaniques qui porte son nom. Au fil des temps, cette société conquit une renommée internationale ; elle emploie actuellement 400 salariés à FONTAINE et s'est vu décerner le premier grand prix de l'Oscar à l'exportation en 1960 et l'Oscar des performances exceptionnelles à l'exportation En 1979 il réalise un téléphérique avec cabines de 170 personnes à COURCHEVEL en 1984, c’est un téléphérique d'un débit de 1800 personnes/heure aux DEUX-ALPES en 1985. Chevalier de la Légion d'Honneur. Décédé à GRENOBLE en 1969.

Jacques VAUCANSON
Avant-Propos : VOCANSON, de VOCANSON, VAUCASON, de VAUCANSON, tels sont les patronymes que nous relevons dans différents actes officiels rédigés pendant la vie de notre personnage. Aussi, retiendrons-nous dans notre texte l'appellation VAUCANSON (tant pis pour le Larousse) comme le font Messieurs André DOYON et Lucien LIAIGRE dans leur livre "Jacques VAUCANSON, mécanicien de génie" édité en 1967 par les Presses Universitaires de France ; remarquable document qui a servi de base à cette biographie sommaire.
En 1682, deux frères originaires de TOULOUSE, Jean et Jacques VOCANSON vinrent habiter GRENOBLE. L'aîné, Jean ouvrit en 1694, un atelier de ganterie rue Très-Cloitres avant de s'installer rue Brocherie quelques années plus tard. Le plus jeune, prénommé Jacques servit probablement de commis à son frère avant de se mettre lui-même à son compte comme gantier. Mais il avait auparavant épousé une grenobloise, Dorothée LACROIX, de laquelle il eut 10 enfants dont Jacques VAUCANSON, le dernier, né le 24 février 1709 au 3 de la rue Brocherie et non rue Chenoise comme le veut la tradition.
Les biographes de Jacques VAUCANSON s'accordent mal sur la nature de ses premières études, mais une chose est toutefois certaine, en 1723, donc à 14 ans, Jacques VAUCANSON fut élève de seconde au collège des Jésuites de Grenoble. Vers 16 ans, après des études classiques, la mauvaise situation de fortune de sa mère, devenue veuve en 1716, contraignit notre héros à commencer son noviciat chez les Minimes de LYON. Les deux premières années se déroulèrent studieuses et sans histoire, mais en 1727, par suite d'un conflit avec ses supérieurs, il demanda à être relevé de ses vœux et quitta l'habit religieux.
Rendu à la vie laïque, Jacques VAUCANSON se rendit à PARIS en 1728 où il fit, dit-on, de solides études de mécanique, de physique et d'anatomie jusqu'en 1731. C'est, parait-il, de cette époque que lui vint le désir de construire des êtres artificiels. Il mit alors au point des automates divers et les présenta au public, moyennant finances, au cours d'une tournée dans les provinces de l'Ouest de la FRANCE en 1732 et 1733. C'est à l'occasion de ce périple qu'il fit connaissance d'un dénommé Jean COLVÉE avec lequel il s'associa vers janvier 1733 pour la construction et l'exploitation d'un nouvel automate. Nanti d'une importante somme allouée par son commanditaire, il revint à PARIS se parant déjà du titre d'ingénieur. Pendant quelques années ses travaux n'avancèrent pas vite car il se laissa entraîner par la vie facile parisienne et fut atteint d'une grave maladie en 1735. Jean COLVEE lui prêta de nouveau de l'argent ainsi qu'un nommé Jean MARGUIN avec lequel il avait également passé un contrat en 1736. Son célèbre "joueur de flûte" ne vit donc le jour qu'en 1738 et fut présenté au public le 2 Février en l'hôtel de LONGUEVILLE, propre résidence de VAUCANSON.

Ce fut immédiatement un très grand succès malgré le prix élevé du billet, 3 livres, ce qui correspondait au salaire d'une semaine de travail d'une jeune ouvrière. Le succès financier fut tel que VAUCANSON put se libérer en grande partie des dettes contractées envers COLVÉE et MARGUIN. Les médias parisiens de l'époque firent grand cas des qualités exceptionnelles de cet automate et même l'Académie Royale des Sciences en reconnut les qualités puisqu'un registre de cette assemblée admettait le 30 avril 1738 : "l'intelligence de l'auteur et ses grandes connaissances dans les différentes parties de la mécanique". Le nom de VAUCANSON devenait célèbre dans toute la société parisienne et dans la FRANCE entière.
L'exposition du "Flûteur" resta bénéficiaire quelques mois, mais au début de 1739 elle s'essouffla et VAUCANSON présenta alors au public deux nouveaux automates : "Le Canard" et "Le Tambourinaire". A nouveau ce fut le triomphe. Le Roi et la cour se déplacèrent pour voir ces merveilles, le "Canard" remportant tous les suffrages. Mais bientôt l'intérêt du public déclina, les profits se réduisirent et les automates entreprirent un périple en FRANCE et en ITALIE, remportant partout un grand succès. Si les bénéfices ne furent pas énormes, ils permirent toutefois à VAUCANSON de solder le reste de ses dettes à ses commanditaires COLVÉE et MARGUIN en 1741. Il devenait ainsi entièrement libre de leur exploitation.
Mais ses fonctions nouvelles "d'Inspecteur de soie du royaume" ne lui laissaient que peu de loisirs. Il passa donc en 1742, un contrat d'exploitation de ses automates avec trois négociants lyonnais à charge pour eux de les exposer en ANGLETERRE pendant un an. L'affaire s'étant avérée fructueuse, les négociants proposèrent l'achat des automates à VAUCANSON. Celui-ci ayant de sérieux besoins d'argent pour la construction de son premier métier accepta, et se sépara de ses inventions au début de 1743. Les automates poursuivirent un périple européen mouvementé en passant par les PAYS-BAS, la FRANCE, l’ALLEMAGNE où ils échurent dans un comptoir de NUREMBERG en 1755.

Après leur remise en état, BEIREIS les conserva jusqu'à sa mort en 1809, mais le manque d'entretien les avait quelque peu détériorés. Les héritiers du célèbre médecin, après les avoir proposés à la FRANCE qui refusa de les acheter, les mirent en vente. On perd alors rapidement la trace du "Joueur de Flûte" et du "Tambourinaire". Quant au "Canard", on signale son passage à la SCALA de MILAN, à NAPLES, TURIN, SESANCON puis PARIS (1844) et en SUISSE (1846). Il aurait disparu, mais rien n'est moins sûr, dans l'incendie d'une baraque de montreurs d'automates à NIJNI-NOVGOROD ou à KARKOW en 1879. Ce qui semble toutefois certain, c'est qu'actuellement les trois célèbres automates de VAUCANSON ont disparu et s'il en reste quelque chose, ce ne sont que des pièces mineures d'origine incertaine et des gravures.
Il nous a semblé utile de nous attarder quelque peu sur les automates pour deux raisons : d'une part, beaucoup de légendes circulent à l'heure actuelle à leur sujet et le remarquable ouvrage de Messieurs DOYON et LIAIGRE est de nature à éclaircir bien des mystères et d'autre part, ces automates ont permis à VAUCANSON de montrer l'étendue de ses connaissances en mécanique et lui ont ouvert le chemin de sa brillante carrière ultérieure. Son "Joueur de Flûte" exposé en 1718, son "Canard" et son "Tambourinalre" montré au public en 1739, ont ainsi fait connaître VAUCANSON aussi bien en FRANCE qu'à l'étranger puisqu'en 1740, il reçut du Roi FREDERIC II, informé par VOLTAIRE, une proposition lui offrant "une pension de 12 000 livres, outre plusieurs avantages, s'il accepta de s'installer en PRUSSE".
Il refusa cette offre alléchante pour des raisons mal connues, mais la fit quand même connaître autour de lui, ce qui incita probablement les autorités de l'époque (F. GON, Directeur du Commerce ORRY, Contrôleur Général des Finances), à proposer à VAUCANSON de mettre son talent au service de l'industrie de la soie. Après un voyage d'études de 6 mois à LYON, capitale de la soie, il accepta la proposition et le 26 Juin 1741, il fut nommé au poste "d'Inspecteur des Manufactures de soie du royaume". Les pouvoirs exceptionnellement étendus lui furent donnés, ses appointements hors de proportion avec la normale, marquèrent bien le désir des responsables de l'époque de mettre de l'ordre dans l'anarchie qui régnait alors dans l'industrie.
VAUCANSON accompagné de J. C. MONTESSUY, marchand-fabricant lyonnais, poursuivit son information dans la région lyonnaise, dans le DAUPHINE, en Provence et en ITALIE où il essaya de découvrir les raisons de la supériorité des soies du PIEM. À son retour à PARIS, il rédigea un mémoire sur la soie, en Novembre 1742, qui réalisa parfaitement la synthèse de tout ce qu'il avait vu et proposa un plan pour améliorer la production française, plan qui servit de base à tout ce qui fut tenté jusqu'à la Révolution. Ce document édicte trois grands principes, rendre plus sévères les règlements de fabrication, créer et améliorer les performances des machines, trouver des fonds auprès des fabricants lyonnais pour créer des établissements modèles. Mais il rencontra de nombreux opposants aussi bien de la part des industriels que des ouvriers et ne put réaliser son projet que partiellement.
Il se heurta en particulier en août 1744 à une importante grève des maîtres-ouvriers lyonnais qui s'estimaient brimés par un nouveau règlement définissant leurs relations avec les fabricants dont ils rendaient VAUCANSON et MONTESSUY responsables de l'élaboration. C'est donc une erreur de croire que cette manifestation ouvrière était motivée par le refus d'utiliser les nouveaux métiers à tisser de VAUCANSON car celui-ci ne les avait pas encore créés à cette époque.
Mais cet échec lyonnais ne découragea pas notre nouvel inspecteur qui repensa son problème et proposa de modifier l'organisation de cette activité industrielle. Il mit donc au point un métier automatique à tisser les étoffes simples en août 1745. Puis il réalisa un métier à tisser les étoffes façonnés en s’inspirant des travaux de ses prédécesseurs en particulier ceux de FALCON et REGNIER; ce métier fut achevé en Janvier 1748 et présenté quelques mois plus tard au roi LOUIS XV, lequel accorda une nouvelle pension à VAUCANSON. Mais, pour des raisons diverses (coût de fabrication élevé, entretien délicat et onéreux, refus d'engagement financier de l'État, crainte du chômage, etc.), ce métier resta à l'état de prototype. L'entourage de VAUCANSON l'incita alors à se consacrer à la mise au point de machines aptes à améliorer la qualité du fil de soie issu du cocon. Il reprit donc les études qu'il avait engagées précédemment. Au début de 1749, il présenta un nouveau modèle de tour à tirer la soie et en 1751, il termina la mise au point d'un moulin à "organiser". Ces réalisations lui valurent de bénéficier d'une coquette somme de l'Administration car, grâce à lui, l'industrie française put disposer à cette époque des matériels adaptés pour fabriquer des tissus de qualité (le tour à tirer la soie resta d'ailleurs en service jusqu'au milieu du 19ème siècle).
Mais encore fallait-il convaincre tous les intéressés que leur utilisation serait bénéfique aussi bien pour les maîtres-fabricants que pour les maîtres-ouvriers. VAUCANSON eut donc à proposer la construction d'une manufacture modèle équipée de ses projets de matériels.
C'est ainsi que prit corps, en 1757, le projet d'installation à AUBENAS de cette véritable usine pilote. Les plans furent réalisés par VAUCANSON et la construction en fut confiée à un certain Henri DEYDIER, jeune et dynamique négocient local connu de VAUCANSON pour ses grandes qualités de mécanicien et ses connaissances dans le tirage de la soie. Commencée en 1752, cette usine entra en service en 1756 et sous la direction de DEYDIER, elle fit l'admiration de tous les industriels, dont tous les inspecteurs de l'Administration qui vinrent la visiter. Messieurs DOYON et LIAIGRE font remarquer à ce sujet, "qu'on y voit sans doute pour la première fois, la commodité et la facilité du travail, les conditions de lumière et de température, l'aération, l'économie des gestes des travailleurs, tout ceci considéré comme qualités intégrantes et essentielles de la valeur des produits fabriqués. Il faudra attendre plus de 150 ans pour que l'on revienne aux théories de VAUCANSON sur l'importance des conditions du travail sur la qualité de la production."
C'est pendant cette période, en Août 1753, que Jacques VAUCANSON épousa Magdeleine RAY, une lyonnaise qu'il avait connue lors de son passage à LYON en 1743 et qui vivait avec lui depuis cette époque. La venue prochaine d'un enfant l'avait contraint à ce mariage qui hélas ne dura pas, puisque la jeune épousée mourut en Novembre, en donnant naissance à une fille ANGELIQUE-VICTOIRE. Celle-ci fut élevée par une sœur de la mère et VAUCANSON consacra tous ses loisirs à l'éducation de son enfant.
Après la mise en service de l'usine d'AUBENAS, VAUCANSON regagna PARIS où il fut contacté par SOUFFLOT et MARIGNY pour perfectionner les métiers à tisser "basse-lisse" des GOBELINS. Sur une idée d'un technicien de valeur, Jacques NEILSON, VAUCANSON réalisa en 1757 les modifications nécessaires qui permirent d'obtenir des tapisseries d'aussi bonne qualité que celles faites avec des métiers "haute-lisse" mais pour un coût nettement inférieur. A la suite de cela, VAUCANSON qui avait été nommé à l'Académie Royale des Sciences en 1746 "pour occuper la place d'adjoint mécanicien", fut promu par le Roi, "Associé Mécanicien" de cette même Académie, ce qui semble mérité puisque ses métiers étaient encore en usage aux GOBELINS en 1875.
La réussite d'AUBENAS, en service depuis 7 ans et produisant des fils de soie de qualité très appréciée, incita VAUCANSON à rédiger un nouveau mémoire en 1763, faisant ressortir l'intérêt à implanter dans le LANGUEDOC de nouvelles manufactures afin "d'enlever aux Piémontais le profit immense qu'ils font sur leurs organsins". Pour des motifs divers, les opposants à ce projet étaient très nombreux et ne se concrétisa, en fait, que par l'installation à MONTPELLIER d'un atelier de fabrication de moulins à "organsiner", atelier qui ferma ses portes en 1773 sans avoir rempli de rôle très utile.
La faute en incomba, d'une part à un chef d'atelier aux compétences limitées mais aussi au fait que les fabricants ne voulurent pas expérimenter ces moulins sans l'aide financière de la province.
Non découragé par l'échec de son projet languedocien, VAUCANSON se tourna vers la TOURAINE en 1768 sans plus de succès. Mais personne ne sembla le rendre responsable de ces déconvenues puisque les tours et les moulins en cours de fabrication lui furent payés et en Juillet 1769, le Roi le nomma "Pensionnaire de l'Académie des Sciences en classe de mécanique". À l'aise sur le plan financier, son autorité scientifique reconnue, sa gloire est complétée en Avril 1771 par le mariage de sa fille au Comte François de SALVERT de vieille noblesse française.
Il bâtit alors de nouveaux projets pour placer les machines initialement prévues pour la TOURAINE. Il se tourna vers son DAUPHINE natal où l'Intendant de cette province semblait disposer à installer les moulins en question. En 1773, un accord intervint pour leur installation dans deux fabriques, l'une à ROMANS, l'autre à la SONE.
Mais VAUCANSON qui a dépassé la soixantaine, dont le caractère ne s'arrange pas et qui voudrait réussir quelque chose de parfait tergiversa tellement qu'il fallut la menace d'une injonction royale pour l'amener à activer la livraison de ses tours et moulins à ces deux établissements qui, enfin purent fonctionner en 1779. Celui de ROMANS construit et dirigé par un nommé ENFANTIN, partit vite à la dérive du fait de l'incompétence des dirigeants qui voulurent modifier les moulins conçus par VAUCANSON. Il ferma ses portes en 1787. Par contre à la SONE, le propriétaire, JUBIE, utilisa bien mieux les machines et sa réussite lui valut pension et honneurs du gouvernement, ainsi que des lettres de noblesse en 1787.
Ainsi, sur la fin de sa vie, VAUCANSON eut-il la satisfaction de voir ses moulins utilisés correctement et produire une soie "organsinée" de grande qualité qui pouvait être vendue "trois livres de plus que les plus belles du PIÉMONT".

Quand VAUCANSON rentra à PARIS en 1779, son état physique déjà précaire, ne fit que s'aggraver et à partir de septembre 1780, il fut obligé de garder la chambre et il termina sa vie entre son lit et sa chaise longue, tout en assistant encore quelquefois aux séances de l'Académie.
En février 1782, il rédigea son testament qui montre que sa réussite professionnelle fut accompagnée d'une réussite financière non négligeable. Le 21 novembre 1782, âgé de 73 ans, il s'éteignit à PARIS où il fut inhumé dans la chapelle des "Âmes du Purgatoire".
Nous venons de voir que VAUCANSON se distingua d'abord dans la construction d'automates, puis dans l'amélioration des machines à fabriquer la soie et les tissus. Si, pour les premiers aucun outillage particulier, autre que celui utilisé traditionnellement à l'époque, ne fut nécessaire, il n'en fut pas de même pour la construction des seconds.
Pour réaliser tours à tirer la soie et moulins à "organsiner", dans les délais voulus, et avec la précision nécessaire, VAUCANSON s'était vite aperçu qu'il lui fallait d'autres outils que ceux existant. Il en conçut donc de nouveaux qui préfigurent déjà "le travail à la chaîne". Certains d'entre eux seront utilisés sans modification pendant près de 150 ans. Ces créations sont pour lui autant de titres de gloire, hélas bien trop méconnus par nos contemporains. Parmi elles, nous retiendrons essentiellement :

Nous citerons brièvement les travaux qu'il fit pour améliorer les calandres, la réalisation "d'une grue destinée à peser et charger en même temps les gros fardeaux de la rivière sur les ports et des ports sur la rivière", la description du principe du différentiel et enfin, le métier automatique à tisser dont il a été question précédemment et dont JACQUARD s'est très probablement inspiré en 1804 pour réaliser celui qui porte son nom.
Ce bref historique est loin de retracer toutes les facettes de la vie de Jacques VAUCANSON. Pour en savoir plus, il est conseillé de consulter le livre qui nous a servi de base. Aussi, pour conclure, nous nous reportons une dernière fois à cet ouvrage pour dire que VAUCANSON, issu d'un milieu modeste, d'intelligence précoce, studieux mais pauvre à côté de camarades plus fortunés, ambitieux, opiniâtre, ayant le goût du travail bien fait, connaissant parfaitement la mécanique et les techniques de son temps, doté d'un sens aigu des affaires, sut participer activement au développement industriel de son pays sans pour autant négliger ses intérêts personnels et ceux de sa famille. C'est peut-être cette fortune acquise pendant son vivant, qui a porté préjudice à sa gloire posthume alors qu'en fait, il fut probablement l'ancêtre de nos ingénieurs modernes et peut-être même un précurseur en automatisme sinon en cybernétique.

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